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Tentative de suicide au palais de justice de Paris : Amen s’en est sorti miraculeusement

Vendredi 23 novembre, Amen, jeune Burkinabé en détresse, s’est jeté du 4ème étage du nouveau tribunal de Paris, à l’intérieur du bâtiment dans la salle des pas perdus haute de 26 mètres… La chute du jeune homme sera amortie par un avocat, situé au deuxième étage. Amen, qui souffre de quelques fractures, s’en est sorti miraculeusement.

Je préférais ne pas m’exprimer.

Pas avant d’avoir de ses nouvelles.

L’imaginer seul sur son lit d’hôpital entre la vie et la mort était insupportable et de loin la seule préoccupation à avoir.

Comment va-t-il ?

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

De quoi a-t-il besoin ?

La veille au soir au téléphone, après un énième mail d’alerte sur la situation générale aux services concernés, j’ai dit :

“Il va y avoir un drame, ça ne va pas du tout. Les refus guichets sont repartis de plus belle. Ils ne peuvent même plus rentrer dans le service censé les évaluer, les mettre à l’abri. Des jeunes réellement fragiles et très jeunes sont triés. C’est très tendu, très dangereux…”

Alors au fil de la journée de vendredi après le drame prévisible, j’ai eu comme une envie de vomir à la lecture des quelques lignes venant faire la Une, le flash info.

Pour 20 Minutes et RTL c’est “un homme”. Pour BFM c’est “un prévenu”.

Le Monde et Libération se concentrent sur la mauvaise conception architecturale…

Pas une ligne sur le comment du pourquoi…

Le voici :

Il venait d’arriver à Paris.

N’ayant trouvé aucune possibilité de mise à l’abri, la police l’a mis dans un foyer d’urgence une nuit avant de l’orienter vers le DEMIE (dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers).

Il est arrivé au DEMIE.

On lui a demandé de raconter son histoire rapidement.

Voici comme il la raconte :

Son parcours: Il a été élevé par sa grand-mère au Burkina Faso. Il n’a jamais été à l’école et a appris le français avec ses copains. Il travaille depuis l’âge de 8 ans, dont de nombreuses années dans les mines d’or. Expérience très difficile pour lui. Là-bas, il s’est beaucoup entraîné à la boxe.

Quelqu’un lui a proposé de venir travailler avec lui “ailleurs”. Et il serait arrivé en Libye où la personne avec qui il était a été capturée. Depuis son départ du Burkina Faso, il avait son extrait de naissance cousu dans la ceinture de son pantalon. En Libye, il a été emprisonné deux fois et maltraité, torturé.

Puis, je crois qu’il s’est enfui vers l’Italie puis la France où il est allé voir la police.

Il ressortira sans rien. Un papier pour aller au tribunal, parce que c’est à “la justice de décider”.

Il est parti tout de suite après et évidemment l’antenne était fermée car expliquer plus en détail serait trop compliqué sûrement…

Il a dormi dehors, il faisait très froid, à côté du tribunal (il s’est pris en photo). Puis le lendemain, il est reparti au tribunal. On lui a dit de repartir à la Croix-Rouge pour récupérer sa lettre de refus inexistante puisque “refusé au guichet” après quelques questions.

Décision prise sans respecter la loi : (une mise à l’abri, une réelle évaluation sur rendez-vous, une décision notifiée qui permettra de saisir le juge).

Il est donc revenu à Couronnes et il s’est fait très mal “recevoir”, un monsieur lui a crié dessus, il est parti paniqué en laissant ses deux sacs à dos avec toutes ses affaires.

Il est terrorisé à l’idée d’être à la rue. Il dit que quand on est à la rue, on devient agresseur et voleur. Et qu’il préférait se faire du mal qu’en faire aux autres. Ne voyant plus aucune solution… il est parti au tribunal. Il attendait d’expliquer une nouvelle fois qu’on lui a demandé de partir sans avoir obtenu cette lettre. Il a dû comprendre aussi en attendant avec les autres qu’un recours, c’est des mois à la rue. Alors, il est monté au 4ème…

Vous connaissez la suite.

La police a gardé son extrait de naissance.

Les nombreux jeunes présents ayant assisté à la scène alors qu’ils attendaient dans le hall leur tour à la permanence juridique de l’antenne des mineurs sont en état de choc.

La cellule de crise psychologique était destinée au personnel du tribunal.

Ce sont encore des solutions parallèles qui ont été trouvées…

Nous sommes les témoins au quotidien des mauvais traitements du DEMIE (dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers, géré par la Croix-Rouge prestataire de la Mairie de Paris).

Ce jeune ne connaissait aucune association, aucune personne solidaire. Nous ne l’avons pas croisé. Mais aujourd’hui, il sait qu’il n’est plus seul.

Nous veillons, nous relayons pour le réconforter, lui apportons ce dont il a besoin.

Il sait maintenant que nous sommes plusieurs à savoir, à s’insurger et à militer pour ce qu’il pensait être le seul à savoir.

Espérons plus que jamais encore que lui et tous les autres soient traités dignement et protégés comme cela doit l’être.

Que cette maltraitance institutionnelle qu’on ne cesse de dénoncer soit entendue.

Les responsables sont informés de ce qu’il s’est passé.

Cette tribune a initialement été publiée sur la page Facebook d’Agathe Nadimi (Enseignante, engagée auprès des migrants mineurs à Paris)


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